Avec son « Éloge funèbre de l’impératrice Claire Heureuse », Éric Sauray réhabilite la mémoire de la femme de Dessalines
Le chœur de l’église Saint-Martin de Groslay a offert un écrin idéal à Éric Sauray pour les premières représentations de son nouveau spectacle, Éloge funèbre de l’impératrice Claire Heureuse, les 18 et 19 octobre 2025. Ces dates ont été choisies avec le plus grand soin par le metteur en scène. Tandis que la mémoire de l’empereur Jean-Jacques Dessalines, mort assassiné le 17 octobre 1806, était célébrée en Haïti et dans les différentes communautés haïtiennes de la diaspora, le dramaturge a voulu rendre hommage à sa veuve, l’impératrice Claire Heureuse. Une femme puissante que l’histoire d’Haïti a omis de reconnaître à sa juste valeur. Une femme dont le destin renvoie à quelque chose d’universel et qui dépasse les frontières et les siècles. Une femme qui a vécu très longtemps pour son époque, « tellement longtemps qu’on avait fini par croire que la providence avait quasiment fini par oublier de l’inscrire sur la liste de ceux que la mort fauche », écrit l’auteur.
« Marie, Claire, Heureuse, Félicité Bonheur », autant de prénoms pour une seule et même personne. Autant de prénoms comme autant de symboles d’un destin tout tracé et supposé merveilleux ? Tout l’art et le talent d’Éric Sauray ont été convoqués pour nous faire revivre les multiples vies de l’impératrice comme si nous y étions. Pour cela, il s’est glissé dans la peau de « Guillaume, Fabre, Nicolas Geffrard, duc de la Tabarra, représentant de l’Ordre impérial et militaire de Saint-Faustin et représentant personnel de Son Altesse impériale, Faustin Ier ».
Ce dimanche 19 octobre, donc, debout dans un costume d’académicien, seul dans le chœur, derrière la chaire du prêtre, s’adressant à un public dense censé représenter l’« auguste assemblée » et les « dignitaires de la Cour », Nicolas Geffrard nous emmène dans les pas de l’impératrice Claire Heureuse. Pendant plus d’une heure et demie, il nous a relaté son destin hors norme, les différentes périodes de sa vie émaillées de moments heureux mais aussi de drames, tels celui, entre autres, de l’assassinat crapuleux de l’empereur Jean-Jacques Dessalines, son époux. Le comédien s’est aventuré très loin dans le registre émotionnel et le public était sincèrement touché.
Avec une économie de moyens, Éric Sauray a su tirer le meilleur au service de son art : décor, jeux de lumières tout en sobriété. Juste ce qu’il fallait pour installer l’atmosphère propice pour l’occasion. Sa plume et son verbe éloquents nous ont servi de guide dans ce parcours historique.
Le deuxième personnage important dans ce spectacle, c’était la musique, fruit de la création de l’artiste, qui dévoile une nouvelle facette de son talent, celui de compositeur.
Captivée, l’assistance l’a été. Une telle performance a mérité des applaudissements nourris à la fin du spectacle. Beaucoup se sont procuré le livret, une manière de prolonger cette tranche d’histoire, tout en encourageant l’auteur. Certains ont même manifesté le souhait de revoir cet Éloge dans d’autres lieux.
Note : Éloge funèbre de l’impératrice Claire Heureuse, spectacle seul en scène d’Éric Sauray, présenté à l’église Saint-Martin de Groslay, les 18 et 19 octobre 2025. Une troisième représentation a eu lieu le samedi 29 novembre.
Éric Sauray est romancier, essayiste, poète, éditeur… Dramaturge, il a déjà mis en scène Claire, Catherine et Défilé : les trois femmes les plus puissantes d’Haïti (2018). Il est également docteur en droit et exerce comme avocat.
Notice biographique
Journaliste secrétaire de rédaction. Elle est également la fondatrice et présidente de l’association Haïti-Oise.