Un poème pour honorer la mémoire de Gary Legrand, peintre et musicien d’origine haïtienne, qui nous a quittés le 8 août dernier à la suite d’une longue maladie.
À minuit
Nous nous rassemblerons
Dans tous les lieux
Où tu as créé, performé, exposé
À minuit
À Port-au-Prince, à Saint-Denis
À Paris, à Barcelone, à Angers
À minuit
Nous nous rassemblerons
Là où les femmes accouchent
Là où les hommes pleurent
À minuit
Nous nous rassemblerons
Là où les obus explosent
Là où les enfants gémissent
À minuit
Nous nous rassemblerons
Dans les cimetières
Dans les prisons
Là où les gens partent
Ne reviennent
Où il y a des ruines
Où il y a des tremblements
Nous nous rassemblerons
Au carrefour
Où la vie croise la mort
Nous formerons un grand cercle
Et au milieu un grand feu
Nous ferons nos libations
Nous tournerons
Nous tournerons
Nous tournerons
Pieds nus
Sur la terre ferme
Nous jouerons, danserons le rara
Nous jouerons, danserons le yanvalou
Nous jouerons, danserons le nago
Nous chanterons
Nous piafferons
Nous gesticulerons
Et au bout du petit matin
Quand nos voix
Nos corps seront à bout de force
Nous nous tairons
Nous nous tairons
Nous nous tairons
Nous nous tairons
Au feu
Nous jetterons nos fards
Nos masques
Au feu
Nous jetterons nos peines
Nos douleurs
Et dans une longue procession
Au pipirite chantant
L’un après l’autre
Silencieux
Nous parcourons l’Artibonite
Nous plongerons avec toi
Dans le Grand Fleuve