La première fois que je l’ai rencontrée, elle allait avoir 25 ans. On s’était donné rendez-vous, dans un petit restaurant espagnol, près de la Fontaine Saint-Michel. Elle était venue avec Eveline et Axèle, mais j’ai vite compris que c’était elle qui avait choisi ce lieu. Dès les premières minutes, j’ai été frappé — impressionné — par cette nièce, que je ne connaissais pas encore. Elle était vive, drôle, brillante. Curieuse de tout. Avec elle, la conversation ne s’arrêtait jamais. Elle passait d’un sujet à l’autre avec une aisance incroyable. Elle savait déjà tant de choses, à son jeune âge, Alyxe. Elle avait cette manière unique de les partager, avec légèreté et enthousiasme.

Et c’est elle, qui par la suite, a continué de choisir les restaurants pour toutes les occasions familiales. Elle avait un flair infaillible. Un vrai talent pour dénicher des lieux étonnants. Mais ce n’était pas juste une question de bonnes adresses : elle connaissait les cuisines du monde, les épices, les thés, les ustensiles, les traditions.
Elle pouvait vous expliquer la différence entre des baguettes coréennes, japonaises ou chinoises. Elle parlait d’un saké, d’un soju, d’un whisky tourbé ou d’un vin de petite production avec la même passion, le même éclat dans les yeux.
Alyxe, c’était Madame Surprise. Elle me surprenait toujours. Par ses tatouages qu’elle dessinait elle-même. Par ses cadeaux — toujours inattendus, mais toujours justes. Il y a par exemple cette écharpe nippo-africaine, qu’elle m’avait offerte. Elle l’avait imaginée et cousue de ses mains. Alyxe, c’était un tourbillon d’idées : elle trouvait toujours la phrase parfaite, la tournure qui changeait tout. Elle m’a souvent soufflé des idées lumineuses pour mes projets.
Elle allait au bout de ses passions. C’est ainsi qu’elle avait appris le coréen, juste pour le plaisir de mieux comprendre ses séries. Elle voyageait aussi comme elle vivait : avec curiosité, avec goût, et à sa manière. Thaïlande, Écosse, Espagne… toujours là où on ne l’attendait pas. Pourvu qu’il ne fasse pas trop chaud.
Et puis il y avait ses convictions. Discrètes, mais solides. Sur l’écologie, le féminisme, la société. La manière d’être au monde. Alyxe voyait clair, elle voyait juste, au-delà des apparences. Elle percevait ce qui clochait, sans jamais donner de leçon. Cela ne l’empêchait pas d’être sensible. Je me souviens de son émoi, de sa sidération après l’attentat de Charlie Hebdo.
Ses remarques pleines d’ironie, ses blagues, ses analyses politiques, ses conseils de films ou de lectures… tout cela va nous manquer, terriblement.
Je n’ai qu’un regret Alyxe : je n’ai pas réussi à te convaincre de venir écouter du jazz avec nous. Je continue à imaginer ce moment. Il n’a pas eu lieu, mais il vit quelque part, dans mes pensées.
Tu laisses derrière toi une lumière, une trace douce et forte à la fois, qu’on n’est pas près d’oublier.
Oui… Tu vas nous manquer ma chère Nièce.